16 avril 2008
premier jour à Samara
Départ le 15 avril 2008
Problème de bagages.Surpoids.
jean Couturier se sacrifie, il part sans bagage. Avec deux slips il dit s'en sortir.
finalement les 47 ks de costumes passeront sans encombre.

Jean Pierre Ruiz nous accompagne, chef de cabine principal à Air France pendant 33 ans, il s'occupe de la troupe théâtrale d'Air France. Vol de nuit.
jean qui est médecin à Air France, et Jean Pierre montrent sans arrêt leurs cartes.
Nathalie Conio vient d'être nommée directrice à l'alliance Française de Samara ( 1000 kms de Moscou, région de la Volga)
Elle a obtenu des financements de l'usine de traitement d'eau chaude. Alors nous sommes supposés former 50 jeunes en 1 journée pour faire une performance urbaine incluant l'eau chaude de Samara
Sacré défi.
A peine arrivés conférence de presse, une vraie avec les TV et les appareils de photo qui crépitent et des questions qui valent leur pesant d'or.
Faut que je présente bien.
C'est le théâtre de l'avenir... les sponsors.
On va visiter l'usine d'eau chaude
Attention, on doit montrer son passeport, son laisser passer. L'usine est gardée.
la salle de commande est en marbre, car elle existe depuis 75 ans
Très excitant cette usine vétuste qui brûle le gaz pour chauffer l'eau chaude de toute la ville . (ce matin justement elle était à peine chaude). 
Franchement on prend du plaisir.
A l'entrée, uns statue de radiateur. C'est un français qui a inventé le radiateur. Photo
L'interprète Olga Yasco parle un français impeccable
Il faut repérer. Nous sommes avertis : pas de fantaisie . Marcher sur la rue, c'est 6000 € d'amende.
Le parcours , c'est une marche de 30 minutes, uen place style place Tien a Men, des rues larges.
Quoi faire ?
On se prépare quelques scénarios.
C'est l'évènement ce spectacle de rue.Nous sommes liquéfiés d'angoisse.
Genre de rue où nous devons intervenir.
C'est la rue principale de Samara ( 1 million, 2 00 000 habitants)
Jeudi 17 avril. Nous partons vers le sanatorium qui est à 100 kms . Aujourd'hui concours de théâtre francophone
La suite samedi, car je doute d'une connexion.
19 avril 2008
on va au sanatorium
Le SMS supplante la conversation téléphonique habituelle. A 2,90 € la minute, nous renonçons tous humblement.
Ça donne :
DEMAIN 10 H EN BAS HOTEL.VIENDRA OLGA UNE AUTRE AVEC BUS. PRENDRE TOUTES AFFAIRES. DEPART DES CHAMBRES. SOYEZ A L’HEURE SVP.
POUR MARCHER SUR ROUTE NOUS RISQUONS GROS ; AMENDE DE 6000 € PLUS SUITE JUDICIAIRE. JE SUIS DESOLEE. 10 H AVEC SAC EN BAS DE L’HOTEL ; LES COSTUMES ROUGES SONT AVEC NOUS.
IL EST 10 H 40 . OLGA N’EST PAS LA ! QUEL EST SON NUMERO ?
NE VOUS INQUIETEZ PAS. OLGA ET BUS ARRIVENT DANS 20 MINUTES. DESOLE POUR CE GRAND RETARD , ELLE A DU PRENDRE RAVITAILLEMENT ET AUTRES SOUCIS.
NOUS SOMMES A LA STALOVAYA ET TOI TE OU ?
C’est un centre appelé sanatorium, uniquement parce que c’est bon pour la santé. Bien sûr pas de tuberculeux ici.
Ça date de l’ère soviétique me dit avec nostalgie Victor. Ancien héros de l’armée rouge .
Une dizaine de petits pavillons de 30 chambres chacun. Capacité des salles à manger : 2 x 300 = 600 places
Une salle de spectacle.
Un stade.
Le bilan globalement positif de l’Urss selon Georges Marchais.
A chaque chambre sa salle de bain et son frigidaire et sa télé.
Je rêve de ce genre d’équipement en France qui rend la rencontre possible.
L’ALLIANCE A RASSEMBLE DES EQUIPES THEATRALES SCOLAIRES ET UNIVERSITAIRES DE TOUTE LA RUSSIE.
Mine de rien, Nathalie et ses assistantes, Katia, et Aurore, et ses stagiaires Thibault et Léo assurent.
Nous ne jugeons que les universités.
Attention tous ces jeunes parlent carrément français et jouent en français !
Je suis admiratif : 12 groupes de théâtre francophone
Hervée est chargée de me taper en cas de grosse narcolepsie.
Dès le premier groupe la Couleuvre, je succombe quatre fois en 25 minutes. Pourtant ils vont obtenir le grand prix du public.
Kazan présente du Daninos. Incroyable, Daninos, Ils parlent bien. Je repère Alsou Nourgaïazova, un personnage très bien ficelé, et qui ne joue pas amateur du tout.
J’invente un prix pour elle : prix Livchine du meilleur personnage. Je lui offre le cadeau prévu pour Nathalie Conio, un beau bouquin sur la scénographie.
Ansou, le prix du meilleur personnage.Elle est de Kazan.
Je discute avec la prof Iriana Lobanova qui m’explique qu’ici ils n’ont pas peur dans leurs lycées de la discipline à l’ancienne, même dans le théâtre : « je ne te crois pas, je te chasse ».
L’aérospatiale joue une demi heure de cantatrice chauve incroyablement bien foutue, avec chœur, chant, danse,
Même leur programme , on serait content d’en avoir des aussi beaux à l’Unité. Dessins à la Chagall etc.
Le groupe Iacoute vient de Iakoutsk. 10 heures d’avion. C’est la Russie. ! 10 heures d’avion, ils débarquent tout juste.
L’une des jeunes va obtenir le prix de la meilleure actrice, tant elle parle bien le français. Or les Iacoutes ont carrément les yeux bridés à la japonaise., chinoise ou esquimau.
Je dirai même plus que s’ils étaient tibétains je ne serai pas étonné.
Ils jouent la répression du chamanisme par les soviétiques, sauf que leurs casquettes semblent chinoises.
Remise des prix/ J’abuse des sucreries et de la vodka et du vin et de la bière.
Hervée est autonome pour le pêtit déj annoncé à 9 H.
Attention aujourd’hui masterclass poufr préparer le spectacle….
3 H c’est impossible !
On va faire à l’arrac h !
Mais là c’est pas la Drac qui nous attend ce sont les sponsors.
vendredi 18 avril 2008/Masterclass
Jean fait sa conférence sur l’Unité excellent avec des tableaux projetés.
On démarre juste après : le groupe a fondu : 23 !
Des problèmes de réveil
L’équation à resoudre est du genre impossible : des télés ; des journalistes, le sponsor, qui veulent des RV précis.
Finalement les jeunes ne sont pas capables d’actions individuelles. Nous ne pouvons faire que du chœur, mais dès que l’on sort de figures dirigées c’est la paralysie complète.
Tout ce qui me paraît évident est pour eux insurmontable.
Panne de bus, et autres imprévus que Katia accrochée à son portable gère le mieux possible.
On fabrique des images, des pièces de chœur.
Un nommé Micha se détache, il est réactif.
15 H . ça y est enfin 46.
Essais de costumes. A la fin on a un groupe impressionnant mais lourd à bouger.
L’Usine VTGK nous a acheté 50 costumes, une brouette, nous prête un bout de canalisation.
On cherche sur le terrain de sport. 
Un petit réalisateur de télé nous poursuit sans arrêt. La journaliste fait quasiment deux heures d’entretien, tout ça pour un sujet de dix minutes qui d’habitude n’est pas mauvais me dit-on.
Les professeurs se demandent : quelle master class bizarre.
Nous hésitons, butons reculons, étalons nos incertitudes nos faiblesses.
Eux ils aimeraient du solide, et nous leur offrons des sables mouvants.
Tout devient casse-tête.
Je bois une bière. Je suis mal. Peu fier. Mais n’ai je pas dit que l’état de honte doit être l’état majoritaire du créateur.
Tous ces étudiants n’ont aucune pratique de l’improvisation,
Nous sommes dans le triple carcan = police, université, usine d’eau chaude. VTGK (Volga territoire générik kompania)
20 avril 2008
Jour J. La brigade d'intervention déferle sur Samara
13 H 40. Samedi 19 avril 2008 à Samara.
On a franchement peur.
Peur de tout ce qui peut arriver.
On fait quelques derniers discours à notre Brigade.
Katia traduit.Petit gabarit, mais efficacité énorme.
Les six mariées sont en place à l’hôtel
Le hasard, une vraie mariée dans le lobby de l'Hôtel
14 H , c’est parti.
Sur la Lenigradskaïa , les mariées égarées



Cela va être un déferlement de 90 minutes. Hervée est déchaînée.
Toutes les consignes sont suivies par la Brigade qui s’exécute .
Les distances sont longues, cela se fait à un rythme d’enfer.
Les gens qui regardent et suivent sont stupéfaits.
Ils se tassent à 40 dans un mini bus,
se couchent, c’est ravageur,

Les miliciens sont totalement débordés.
Hervée demande qu’on les applaudisse.
Elle sort ses trente années d’expérience.Plaque au sol le sponsor pour lui dire des mots d'amour.
Franchement, c’était inimaginable que cela se passe comme ça ici.
La statue du bonheur et de la vie belle !
A 15 H 30 c’est le final de la statue.
Tel Aimé Jacquet, en 98, au Mondial, Hervée est envoyée en l'air.
A 22 H 30 la vodka coule encore à flots. Les filles dansent comme des folles.
On a levé cent fois nos verres.
Je suis complètement abimé par le litre de vodka que j’ai avalé.
La fête avec la folie dont est capable la Russie.
Et bien sûr, à la fin, Olga s'est fait voler son porte monnaie avec 30 000 roubles dedans (1000 €)
21 avril 2008
Tout le dimanche
On se refait le spectacle de la veille dans tous les sens. 
Cela se mélange au récit du vol du porte -monnaie.
On se félicite de ce que la vodka ne rende pas malade.
On se redit que c’était extraordinaire.
Je ré -explique pour la millième fois à Hervée, que la réussite d’une représentation vient de la façon dont le public porte le spectacle.
Et que ce n’est pas toujours le bon spectacle qui est le meilleur, mais le spectacle qui fonctionne, qui marche, qui s’envole.
Alors oui, il y a eu un côté magique, un état de grâce, Oui, Hervée le public te demandait d'aller plus loin et encore plus loin, tu jouais, tu les avais dans la poche, tu as été encouragée tout le long du parcours, portée par un amour extraordinaire, un amour unique, un amour démesuré.
Tu devenais le symbole de tout ce dont rêve un citoyen de Samara.
Encore des photos de famille à la Dom Actor où les groupes primés rejouent, et encore des discours, des toasts des félicitations., des remerciements
Et d’un seul coup, mon humeur devient exécrable après un groupe assez désastreux, (une pièce de Jérémy Boulay) et je m’ exclame : « trop de compliments, ne fait pas avancer la cause du théâtre, moi à la fin des représentations, je ne demande pas aux gens du public s’ils ont aimé, je leur demande où est le grand défaut ».
Immanquablement le groupe qui a joué Ubu roi me demande « alors, dis nous quel est notre défaut »
Je suis mal, car dans leur groupe il y a une jeune fille éclatante,Aloyssia, qui écrase quasiment le reste de la distribution…. Mais comment dire ça…
Et voilà qu’un groupe d’école primaire nous fait une comédie de Broadway impeccablement réglée, et ils jouent en anglais avec un accent impeccable et aussi en allemand et en français.
Ce pays est fou !
J’adopte Natalia, cette si jolie Yaccoute.
Ils réclament des livres en français …Je lui promets des livres, sauf qu'il n'y a plus de poste en Russie !
Nathalie Conio gère tout ça, fait tomber son sac des dizaines de fois, perd ses clés, les retrouve, règle quatorze problèmes à la fois elle a des assistantes extraordinaires.
Aurore, Katia, Sveta
Voici Svéta sur la photo
Nathalie gère et contrôle tout alors qu’elle paraît totalement insouciante.
Géniale, Nathalie est géniale.
Elle a confronté Denis Lavant et un acteur russe très solide dans une espèce de délire poétique... L’acteur Russe s’est mis à détester Lavant et cela a donné paraît quelque chose d’extra ordinaire.
Voilà que par hasard je tombe sur Laura Lipchitz, que je ne connaissais pas, la fille de Philippe et Dominique que je n'ai pas revus depuis l'époque d'Issy les Moulineaux (1970)
Jean qui n’a bu qu’une seule goutte de vodka est à l’aspégic.Il ne s’est pratiquement pas couché, toutes ces belles filles croisées tournent dans sa tête, mais il a décidé de ne prendre en photo que des babouchkas.
Dernier cadeau. On va assister à une espèce de Kapouchnik, pas tout à fait mais presque. C’est un jubilé.
Quelle fête ! au Samarat théâtre, un théâtre pas ringard du tout. On fête youri Dolgi.Re vodka, re- discours., re passions. Mais quel pays !
Dernier problème attraper l’avion. Se lever à 4 H 30 !
Je rate mon réveil, je fais un rêve très étrange, J’ai enfilé un costume bizarre très mal coupé, dehors les jeunes enflamment des voitures, et ma grand mère, ma babouchka est assise sur une chaise, je l’embrasse sur le front alors qu’elle est morte il y a 35 ans.Il est 2 H 47, si je me rendors, ce sera la catastrophe, j’oublierai la moitié de mes affaires.
23 avril 2008
Réponse aux questions des journalistes.
Ce que je réponds :
A la fin du spectacle j'ai eu droit à un essaim de micros et de caméras
Pas si désagréable d'être estimé à sa juste importance, alors que chez nous, nous sommes quasiment rejetés et méprisés par l'ensemble des médias.
Ils m'ont interrogé sur le pourquoi de tout ça ?
Je leur ai dit à peu près ça " certes les sociétés ont besoin d'ordre, mais elles aussi besoin de désordre. Nous sommes là pour perturber le train train quotidien de la vie urbaine.
D'habitude les hommes font la guerre pour déstabiliser leur vie, n'est ce pas mieux que la guerre, nos perturbations urbaines ?
La société russe a été une société autoritaire, il est franchement agréable de commettre des actes illicites. Monter sur les statues, à 40 dans un bus, se coucher par terre.
IL est agréable aussi de pointer ce qui vous reste de l'Union Soviétique, le culte un peu ridicule du travailleur etc.
ET si par moment nous sommes venus vous embrasser, c'est pour dénoncer la dissolution de tous les liens et l'anonymat de la ville. L'argent c'est certes agréable mais si c'est pour briser tous les liens et accentuer l'individualisme, c'est pas la peine".
je termine par cette image qui raconte bien la Russie d'aujourd'hui.
Le désir de paraitre, de faire croire qu'on est riche. Ce genre de Limousine sert aux mariages.
C'est vraiment symbolique, et pour l'argent, on est prêt à tout.
J'ai l'image d'un pays qui refait ses peintures, mais ils n'ont pas bien nettoyé la couche des 80 ans de Union Soviétique , alors ça ressort, la violence du capitalisme galopant, se mélange aux ambiances autoritaristes soviétiques et tsaristes. Mélange détonnant !
































